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Bénin: décryptage du premier gouvernement Wadagni

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Depuis le lundi 25 mai dernier, le Bénin connaît sa nouvelle équipe gouvernementale, seulement 24 heures après l’investiture du président élu. Cette célérité de formation du premier gouvernement Wadagni prouve à suffisance que le nouveau président est préparé à gouverner le pays.

Que peut-on décoder de ce premier gouvernement de Romuald Wadagni ?

En la forme, cette équipe restreinte compte 24 membres dont 19 ministres et 5 ministres délégués. On note la présence de 6 femmes, tandis que 7 personnalités déjà présentes dans le gouvernement de Patrice Talon conservent un portefeuille ministériel, signe d’une continuité institutionnelle.

Le profil des membres du gouvernement est aussi divers que varié. On y trouve des technocrates, des fidèles du système Talon et plusieurs nouveaux visages.

Croissance inclusive, sécurité, coopération régionale et transformation numérique sont entre autres secteurs clés du septennat de Romuald Wadagni dont les principaux équilibres consistent à préserver les performances économiques du pays tout en répondant aux défis de l’emploi, du terrorisme régional et de la transformation numérique.

Avec la nomination d’Aristide Médenou au ministère de l’Économie et des Finances, chargé de la Coopération, l’économie reste au cœur du dispositif présidentiel. Ancien directeur général de l’Économie, il s’inscrit dans la continuité technocratique qui a marqué la gestion économique béninoise ces dernières années et a participé à plusieurs dossiers structurants liés au financement de l’État et aux émissions obligataires internationales du Bénin.

Sa nomination intervient dans un contexte contrasté. Le Bénin affiche depuis plusieurs années une croissance moyenne proche de 7%, parmi les plus fortes d’Afrique de l’Ouest. Mais cette performance peine encore à transformer profondément le marché du travail. Selon la Banque mondiale, près de 90% des emplois restent informels et le sous-emploi touche environ 72% de la population active.

Le défi d’Aristide Médenou sera donc de préserver les équilibres macroéconomiques tout en rendant la croissance davantage créatrice d’emplois formels et plus perceptible socialement. Lors de son investiture, Romuald Wadagni a d’ailleurs insisté sur la nécessité de faire en sorte que « la croissance devienne visible dans la vie ordinaire des populations ».

Aristide Médenou sera aidé dans sa mission par trois ministres délégués : Nicolas Yenoussi aux Finances et à la Microfinance, Rodrigue Chaou au Budget et à la Fonction publique, et Hugues Oscar Lokossou à la Mobilisation des ressources extérieures et à la Gestion de la dette.

La sécurité est un secteur également au cœur du nouvel exécutif avec deux ministres délégués directement rattachés à la présidence : Djibril Mama Cissé Moussa à l’Intérieur et à la Sécurité publique, et Gildas Agonkan à la Défense nationale.

Ce choix intervient alors que le nord du Bénin fait face à une intensification des attaques djihadistes liées à l’expansion des groupes armés sahéliens.

L’attaque de deux positions de l’armée béninoise dans la nuit du lundi 25 au mardi 26 mai 2026 dans la zone de Kourou Koualou, à la frontière avec le Burkina Faso, seulement deux jours après l’investiture du nouveau président, témoigne de l’importance de ce secteur.

La nomination de Gildas Agonkan apparaît particulièrement significative dans le contexte régional actuel. Ancien ambassadeur du Bénin près le Niger, nommé à Niamey en juin 2023 dans un climat de fortes tensions diplomatiques, il avait été rappelé à Cotonou en février 2025 dans un climat de fortes tensions diplomatiques, après avoir publiquement présenté les excuses du Bénin au peuple nigérien lors d’un rassemblement à Gaya.

Sa présence aujourd’hui au sein du dispositif sécuritaire présidentiel peut être interprétée comme un signal supplémentaire envoyé par Romuald Wadagni en faveur d’un réchauffement avec Niamey et, plus largement, avec les pays de l’AES.

Une diplomatie tournée vers le Sahel

La diplomatie béninoise change de visage avec la nomination de Corinne Amori Brunet au ministère des Affaires étrangères. Ancienne ambassadrice du Bénin près la France, elle prend ses fonctions dans un contexte régional délicat marqué par les tensions persistantes avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Lors de son investiture, Romuald Wadagni a multiplié les gestes d’ouverture envers le Niger, le Mali et le Burkina Faso, représentés respectivement par le Premier ministre Ali Lamine Zeine et les ministres des Affaires étrangères Abdoulaye Diop et Karamoko Jean Marie Traore.

Le secteur agricole reste également l’un des piliers stratégiques du nouveau gouvernement avec la nomination d’Adin Yeton Bloukounon Goubalan au ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche. Titulaire d’un doctorat en agronomie et spécialiste de la fertilité des sols, il a travaillé sur les biofertilisants avant de rejoindre l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), où il a exercé comme fonctionnaire et officier agricole.

Son arrivée intervient dans un contexte où le Bénin cherche à consolider les acquis agricoles de la dernière décennie. Sous le précédent ministre, le pays s’est imposé comme le premier producteur africain de coton, une filière devenue l’un des principaux moteurs des exportations béninoises.

Le pays reste néanmoins confronté à plusieurs enjeux agricoles importants, notamment l’amélioration des rendements hors filière coton, le développement de la transformation locale et la montée en gamme des chaînes de valeur agricoles. Dans un contexte où le gouvernement veut faire de l’agriculture un levier d’industrialisation et de création d’emplois, le nouvel entrant sera attendu sur la modernisation des filières et le renforcement de la souveraineté alimentaire.

Parmi les innovations les plus remarquées du gouvernement figure la nomination de Mahuna Akplogan comme ministre de la Transformation digitale et de l’Innovation, chargé de la stratégie nationale d’intelligence artificielle.

Cette création illustre les ambitions numériques du Bénin, qui dispose déjà d’une Stratégie nationale de l’intelligence artificielle et des mégadonnées couvrant la période 2023-2027. L’objectif affiché est de faire du pays un hub numérique régional et un acteur de référence de l’IA en Afrique de l’Ouest.

La stratégie cible plusieurs secteurs prioritaires : agriculture, santé, éducation, administration publique, sécurité, tourisme ou encore services financiers. Elle prévoit notamment le développement d’infrastructures de données, la formation de talents locaux et l’appui aux start-up technologiques.

Le défi de Mahuna Akplogan sera désormais de transformer cette ambition institutionnelle en résultats économiques concrets et en outils capables d’accélérer la modernisation de l’administration et des secteurs productifs.

Justice, santé et sécurité : le choix de la continuité

Dans les secteurs régaliens et sociaux, Romuald Wadagni a privilégié la stabilité. Yvon Détchénou est reconduit comme Garde des Sceaux et ministre de la Justice, tandis que Benjamin Hounkpatin conserve le portefeuille de la Santé qu’il occupait déjà sous Patrice Talon.

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