(Actu-EXPRESS) – La première édition du Forum national des producteurs agricoles du Togo (Fopat) a pris fin le 20 avril 2023 sous de bons auspices pour le paysan togolais, puis après, plus rien !
Un bilan à plus de deux ans d’implémentation, le Fopat s’avère un véritable marché de dupe.
Plusieurs rapports et témoignages du terrain mettent en avant ses limites opérationnelles et structurelles.
Des promesses mirobolantes non tenues, les producteurs agricoles sont laissés à leur triste sort.
Faiblesses du Fopat
Les principales faiblesses du Fopat résident dans le suivi insuffisant des promesses faites sur le terrain, le manque d’accès permanent des producteurs aux autorités ministérielles en dehors des événements et les difficultés persistantes de financement réel.
1. Le déficit de suivi sur le terrain
– Une visite de terrain révèle un sentiment d’abandon du monde rural après la tenue des fora dans les cinq régions du Togo.
En effet, de nombreux producteurs locaux déplorent une baisse drastique de la présence des autorités agricoles une fois les grands forums régionaux terminés.
– Le manque de proximité permanente est l’autre déficit de suivi sur le terrain. C’est ainsi que la décentralisation des échanges reste parfois perçue comme ponctuelle.
Les acteurs du monde rural réclament des tournées régulières, notamment en début de campagne agricole, plutôt que des interventions gérées principalement par les directions régionales.
2. L’accès complexe aux financements et aux intrants
– L’absence d’une banque agricole dédiée est une grosse déception pour le monde rural. Malgré les promesses de modernisation, les petits producteurs et éleveurs expriment des difficultés persistantes à contracter des crédits adaptés à leurs capacités.
– La cherté des facteurs de production constitue l’une des difficultés pour les producteurs agricoles. En effet, le coût élevé des intrants (engrais, aliments pour bétail…) freine l’atteinte des ambitions de transformation structurelle discutées lors des sessions du forum.
3. La persistance de défis structurels non résolus
Lors des réunions d’évaluation du Fopat, plusieurs freins majeurs continuent de paralyser l’essor des producteurs entre autres :
– La dépendance pluviométrique constitue un rouleau d’étranglement pour la production agricole. Les infrastructures d’irrigation promises tardent à couvrir l’ensemble du territoire, exposant les récoltes aux aléas climatiques.
– La faible mécanisation freine la modernisation de l’agriculture togolaise. Bien que des équipements (tracteurs et motoculteurs) soient distribués de manière symbolique lors des forums, le taux de motorisation globale de l’agriculture togolaise reste très faible pour la majorité des petits exploitants.
– Le déficit de transformation locale est l’une des faiblesses du monde rural.
En effet, l’essentiel de la production continue d’être vendu brut, limitant la création de valeur ajoutée pourtant prônée par les orientations du Fopat.
Faiblesses du Fopat de Kara
Si le Fopat a couvert les cinq régions administratives du Togo (Savanes, Kara, Centrale, Plateaux et Maritime), son évaluation dans la région de la Kara n’est pas anodine.
Non seulement cette région a abrité l’apothéose des Fopat mais c’est à Kara qu’est installé l’agropole pilote déjà opérationnel dont la phase 2 couvre la période 2025-2029.
Censé servir de modèle à implémenter dans les autres régions, l’agropole de Kara est spécialisé dans des filières majeures comme Soja, maïs, riz, anacarde, sésame et aviculture.
La souveraineté agricole est le rôle clé de l’agropole de Kara.
Il abrite le laboratoire industriel et sert de vitrine technologique avec l’Agroparc de Broukou. Il teste l’intégration directe des réseaux de Zones d’aménagement agricole planifiées (Zaap) estimées à plus de 12 000 ha, avec des centres de transformation agroalimentaire.
Cependant, après plus de deux années, les faiblesses du Fopat de Kara se révèlent au grand jour.
Dans la région de Kara, les faiblesses du Fopat se manifestent de manière particulièrement aiguë en raison des spécificités géographiques, climatiques et socio-économiques de la région.
Voici comment ces difficultés globales se traduisent concrètement sur le terrain à Kara :
1. La vulnérabilité climatique accrue et le défi de l’eau
– Sécheresses prolongées : Contrairement au sud, la région de Kara subit une pression climatique plus intense avec une saison sèche marquée.
Le manque d’infrastructures d’irrigation et de retenues d’eau, malgré les promesses du Fopat, pénalise lourdement les maraîchers et les producteurs céréaliers de la région.
– Problématique du cheptel : Kara étant une zone d’élevage importante, le manque d’aménagements pour les points d’eau accentue les conflits liés à la transhumance et freine la sédentarisation de l’élevage.
2. Les obstacles liés à la transformation de l’arachide et du soja
– Vente de produits bruts : Kara est une grande zone de production d’arachide, de soja et de noix de cajou. L’absence d’unités de transformation industrielle ou semi-industrielle promises lors des forums contraint les producteurs à vendre leurs récoltes à bas prix à des intermédiaires, privant la région de la valeur ajoutée.
– Coût du transport : Située à plus de 400 km de Lomé, la filière souffre du coût élevé du transport pour acheminer les intrants depuis le port ou pour y renvoyer les récoltes à l’export, un défi logistique que les résolutions du Fopat peinent à relever.
3. L’enclavement des zones de production de la Kara
– Pistes rurales dégradées : L’accès aux cantons reculés de la région (dans les préfectures de la Kozah, de la Binah ou de Kéran) reste très difficile. Lors des saisons des pluies, l’évacuation des produits agricoles vers le grand marché de Kara ou les centres urbains devient un calvaire, entraînant d’importantes pertes post-récolte.
– Centralisation des équipements : Les tracteurs et motoculteurs présentés lors des sessions régionales du Fopat restent souvent concentrés dans les centres urbains ou profitent aux grandes coopératives, laissant les petits exploitants des villages périphériques travailler à la daba.
4. Le faible accès au crédit agricole local
– Réticence des banques : Les institutions financières et de microfinance implantées à Kara imposent des conditions de garantie que les petits producteurs locaux, souvent sans titre foncier formel, ne peuvent pas fournir. Les mécanismes de garantie promis par l’État tardent à se matérialiser efficacement pour le paysan moyen de la Kozah.
Isidore Akollor
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