L’Agence nationale de la cyber sécurité (ANCy) a formé une trentaine de professionnels des médias les 19, 20 et 21 mai dernier à Kpalimé.
Ce renforcement des capacités des journalistes s’inscrit dans la stratégie de lutte contre la cybercriminalité de plus en plus grandissante au Togo.
Placée sous le thème : « Cybersécurité et hygiène numérique », cette formation de trois jours a permis aux participants d’acquérir des compétences indispensables pour sécuriser leurs systèmes d’information, protéger leurs communications et prévenir les risques liés aux usages numériques.
Les médias dans le viseur des cybercriminels
Dans un environnement numérique de plus en plus hostile, les médias figurent parmi les structures les plus exposées aux tentatives de piratage, de surveillance illégale, de fuite de données ou encore de fake new.
« Vous êtes des cibles et des vecteurs parce que vous traitez des informations sensibles. Vous travaillez avec des sources qui requièrent leur anonymat. Vous utilisez des outils numériques souvent insuffisamment sécurisés », a indiqué le Directeur de la réglementation et du contrôle de conformité à l’ANCy, à l’ouverture des travaux.
Nangbam Didema n’a pas manqué d’insister sur la dimension stratégique des médias dans la stabilité informationnelle d’un pays. Comparant les journalistes à « des griots des temps modernes », il a mis en avant leur influence dans la construction de l’opinion publique et la circulation de l’information.
Un point de vue partagé par le Directeur général de l’ANCy qui estime que les médias ont un rôle essentiel à jouer dans la diffusion des bonnes pratiques numériques. « En outillant les journalistes, ils pourront reprendre nos alertes, produire des émissions et contribuer à faire passer le message de la cybersécurité au plus grand nombre », a renchéri le Commandant Gbota Gwaliba.
Théorie, démonstrations et exercices pratiques
Durant les trois jours de travaux, les participants ont suivi douze modules mêlant théorie, démonstration et exercices pratiques.
Les modules ont notamment porté sur : Ecosystème de la cybersécurité ; Gestion des mots de passe ;
Menaces visant les médias, Gestion sécurisée des mots de passe, Sécurité, messagerie, réseaux sociaux ; Fake news et deepfakes ; Anarques au mobile money ; Sécurité du smartphone ; Confidentialité des données et outils IA ; Sauvegarde et transfert sécurisé des données ; Gestion sécurisée des sites web ; Hygiène numérique ; Cybersécurité pour dirigeants et décideurs.
Cette immersion pratique dans l’univers de la cybersécurité a permis aux journalistes de mesurer l’ampleur des menaces numériques auxquelles ils sont quotidiennement exposés, tout en acquérant des réflexes essentiels pour renforcer leur résilience aux attaques numériques, en observant au quotidien les bonnes pratiques, entre autres :
- Mettre régulièrement à jour les applications et les logiciels ;
- Activer l’authentification à deux facteurs (2FA) sur les comptes ;
- Éviter de cliquer sur les liens provenant de sources douteuses.
Alerte de l’ANCy
Lors des échanges, le Directeur général de l’ANCy a attiré l’attention des journalistes sur un phénomène : « Les cyberattaques provoquent des pertes financières de plus en plus importantes au Togo, mais une grande partie des victimes ne déclarent pas encore les incidents subis », a-t-il alerté, en indiquant que « Les dégâts liés à la cybercriminalité sont énormes et ne cessent d’augmenter à une échelle exponentielle mais le phénomène reste largement sous-estimé en raison du faible niveau de signalement des attaques ».
A en croire le Commandant Gbota Gwaliba, de nombreuses entreprises, structures et particuliers subissent quotidiennement des pertes de données, des compromissions de comptes ou encore des piratages de plateformes numériques sans forcément en informer les autorités compétentes que sont l’ANCy et le Centre national de réponse aux incidents de cybersécurité au Togo « Computer Emergency Response Team (CERT.tg) ».
« Le peu que les gens nous déclarent, c’est ce que nous publions », a-t-il insisté, évoquant des pertes financières parfois considérables causées par les cyberattaques.
Par ailleurs, le directeur général de l’ANCy estime que l’explosion des usages numériques, accélérée notamment par l’intelligence artificielle, expose davantage les utilisateurs aux cybermenaces. Dans ce contexte, les médias figurent parmi les secteurs vulnérables en raison de leur forte dépendance aux outils numériques et des informations sensibles qu’ils manipulent.
« Le maillon le plus faible de la chaîne de sécurité, c’est l’homme », a-t-il relevé, plaidant pour le développement d’une véritable culture de cybersécurité au Togo.
Face à cette situation, l’ANCy a choisi de renforcer les capacités des professionnels des médias afin qu’ils puissent à la fois mieux sécuriser leurs environnements de travail et devenir des relais de sensibilisation auprès des populations.
Satisfaction générale

Au terme des trois jours de formation, organisateurs et participants ont exprimé leur satisfaction quant à la qualité et la pertinence des modules.
Pour le président de l’Observatoire togolais des médias (Otm), Fabrice Petchezi, cette initiative a permis de révéler l’ampleur des risques numériques auxquels sont confrontés les journalistes. Il a salué le caractère résolument pratique de l’atelier, qu’il considère comme une expérience innovante et particulièrement enrichissante pour les professionnels des médias.
Même son de cloche du côté de l’ANCy. Son Directeur de la réglementation et du contrôle de conformité, Nangbam Didema, s’est félicité de l’implication des participants tout au long des travaux. Selon lui, cette formation, voulue très pratique par la direction générale de l’institution, a suscité une participation active et un intérêt constant des journalistes.
Pour le formateur principal, Hakim Tchalla, expert en cybersécurité à Cyber Defense Africa, l’engouement observé durant les exercices pratiques témoigne de la pertinence de cette initiative. « Voir les journalistes mobilisés autour des simulations et poser des questions pour approfondir leurs connaissances est particulièrement encourageant », a-t-il souligné.
Clôturant les travaux, le Directeur général de l’ANCy, le Commandant Gbota Gwaliba, a insisté sur l’importance de multiplier les actions de sensibilisation et de formation. « Le maillon le plus vulnérable de toute chaîne de sécurité reste l’humain », a-t-il rappelé, avant d’encourager les journalistes à devenir des ambassadeurs de la cybersécurité dans leurs différentes rédactions.
Une cérémonie de remise d’attestations aux participants a marqué la fin de cette session de formation édifiante sur la cybercriminalité.
Une seconde vague de formation au profit d’autres professionnels des médias est annoncée dans les prochains jours, dans le cadre de la stratégie de l’ANCy visant à renforcer durablement la culture de cybersécurité au Togo.
Pour tout signalement de cyber attaque, contactez le CERT.tg par téléphone au +228 70 54 93 25 ou par mail à incidents@cert.tg.
